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UN EMPLOI POUR TOUS LES JEUNES
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«Il importe de penser globalement |
La situation
actuelle et les enjeux liés à la résolution du chômage des jeunes :
Nous
nous sommes habitués au chômage, notamment au chômage des jeunes, parce qu’il a
cru lentement au fil des décennies, sans que jamais se produise une révolte ou
une rupture brutale qui nous aurait alerté sur la gravité de la situation. Mais
ce chômage a des effets désastreux :
- Sur les jeunes eux-mêmes, bien sûr. A mesure que le
temps passe et qu’ils ne trouvent pas de travail beaucoup acquièrent une image
dévalorisée d’eux-mêmes et désespèrent d’une société incapable de leur donner
leurs chances pour démarrer dans la vie active. Comment ces jeunes peuvent-ils avoir
des projets personnels et professionnels alors qu’ils ne trouvent pas à
employer leurs savoirs et leurs compétences et qu’ils continuent à dépendre
financièrement de leur famille et à vivre dans la précarité ?
- Sur la vie de la cité
ensuite. Une
partie de la violence et de la délinquance urbaines a son origine dans ce
chômage. Travailler à donner un emploi à tous les jeunes n’est donc pas sans
effet sur la tranquillité publique. Ce n’est pas sans effet non plus sur le
dynamisme social et économique de la ville. Car des jeunes qui bénéficient de
contrats de travail stables peuvent s’investir sur un plan social. Ils peuvent envisager
de créer une famille, prévoir l’acquisition d’un logement ou de biens durables,
s’intéresser à la vie culturelle.
- Sur l’équilibre des
systèmes de retraite,
enfin. Car le système de financement des retraites est un système alimenté par
les cotisations des actifs, donc par les jeunes qui travaillent. C’est une
solidarité intergénérationnelle très concrète qui se réactive quand toute une
ville parvient à se mobiliser pour faire baisser le chômage des jeunes.
Ce que peut faire la ville
en matière d’emploi :
Il
n’est pas de la compétence normale des villes de s’occuper de l’emploi, mais
toutes les villes le font à des degrés divers. Le niveau local en effet offre
bien des avantages pour aider les demandeurs d’emploi. Une Municipalité est au
centre de nombreux projets et de nombreux réseaux touchant à la formation,
l’orientation, le monde économique, les administrations. Dans une ville jouent également
la proximité, les réseaux relationnels, les échanges entre responsables,
l’entraide associative pour faciliter l’insertion. Beaucoup de villes participent
d’ailleurs à l’animation de maisons de l’emploi. Il est donc temps de
reconnaître que les villes peuvent avoir leur mot à dire dans la lutte contre
le chômage et que Lyon peut s’autoriser à agir en faveur de l’emploi des jeunes.
Mais
comment agir ? Que peut faire une ville comme la nôtre pour l’emploi des
jeunes ? Doit-elle créer des emplois jeunes municipaux ou lancer de
grands chantiers ? Doit-elle développer des services municipaux de
l’emploi, en complémentarité ou en concurrence avec les services de l’ANPE, l’Unedic et
les divers organismes qui existent déjà au niveau régional ou national ?
La
ville ne saurait être l’employeur direct de tous les jeunes chômeurs ni devenir
un grand gestionnaire de l’emploi. Ce n’est pas son rôle. Mais elle ne doit certainement
pas se contenter de coordonner des dispositifs nationaux ou régionaux qui se
sont montrés si peu efficaces jusqu’à présent face au problème du chômage des
jeunes. Elle doit donc innover.
Si la législation accorde peu de compétences aux communes dans le domaine de l’emploi, il existe néanmoins, depuis 2003, un droit à l’expérimentation défini par la loi de décentralisation qui permet aux collectivités locales et territoriales de déroger aux dispositifs nationaux si elles le souhaitent, notamment dans le domaine social et économique. Cette disposition législative devrait permettre de desserrer localement et temporairement les contraintes législatives ou réglementaires qui limitent indûment les initiatives visant à développer des formules d’emploi nouvelles. Nous proposons de recourir à ce droit pour faire de Lyon une ville-pilote dans ce domaine.
Que proposons-nous ?
Pour
réduire le chômage, il faut agir sur l’offre d’emplois en travaillant avec
l’ensemble des employeurs publics ou privés. Il faut faire venir des entreprises
de toute nature, soutenir l’innovation, encourager la création et la croissance
des petites et moyennes entreprises, favoriser le développement des services et
de l’économie sociale, et attirer les investisseurs. Ce sont des mesures
indispensables pour développer à long-terme l’emploi. Lyon et le Grand-Lyon se montrent
actifs dans ces domaines et il importe de poursuivre dans cette voie.
Il
faut aussi travailler avec les acteurs de l’éducation et de l’orientation pour
que les employeurs trouvent sur place les personnes ayant les compétences dont
ils ont besoin. L’inadéquation entre demandes et offres d’emploi reste très élevée
et il importe d’agir également dans ce domaine.
Mais
les effets à en attendre sur l’emploi ne peuvent être sensibles qu’à une longue
échéance, au-delà de la durée d’un mandat municipal.
Pour
réduire le chômage des jeunes lyonnais, nous devons donc aller plus loin et
plus vite, en levant notamment les
freins à l’embauche pour sortir du syndrome « tout sauf
embaucher » qui paralyse beaucoup d’artisans, de petites entreprises, et la
majorité des employeurs. Ce syndrome est dû non seulement à la difficulté de
trouver les bonnes personnes, mais aussi à la lourdeur de la gestion du
personnel et à la difficulté de se séparer de ce personnel en cas de nécessité.
Nous
proposons donc aux élus de Lyon d’innover sur ce point en mettant en place à
titre expérimental des contrats durables
d’emploi avec des employeurs du secteur marchand et non marchand, selon des
modalités proches de celles des groupements
d’employeurs. Dans un tel dispositif, l’employeur qui embauche et rémunère
le salarié n’est pas l’entreprise qui bénéficie du travail du jeune mais une
structure d’intermédiation, analogue aux sociétés de travail temporaire, aux
groupements d’employeurs ou aux sociétés de portage salarial. Des conventions
devraient pouvoir être passées notamment avec les sociétés de travail
temporaire locales pour leur demander d’embaucher en CDI les jeunes participant
au dispositif, moyennant un élargissement des missions autorisées, une aide
financière de la ville et certaines exonérations de charges.
La
ville de Lyon interviendrait donc à trois niveaux :
-
pour
obtenir les conditions légales et
fiscales pour que cette expérimentation
puisse se faire, en se prévalant du droit à l’expérimentation prévu par la
loi de décentralisation.
-
pour
organiser la concertation entre toutes
les parties intéressées au dispositif (syndicats, Direction de l’emploi, sociétés
de travail temporaires, groupements d’employeurs, etc.)
-
pour
contribuer par une aide financièreà
amortir le coût pour l’employeur des périodes d’inactivité du jeune entre deux
missions.
Ainsi
pourrait être mise en œuvre une expérimentation locale en faveur de l’emploi
qui, si elle se révèle positive, devrait pouvoir être étendue sur un plan
national.
Un engagement trop
coûteux ?
Un tel dispositif qui consiste à faire embaucher
les jeunes en contrat à durée indéterminée par des employeurs qui les envoient
ensuite en mission là où il y des demandes va-t-il coûter très cher ?
Avançons
des chiffres :
Il
y a environ 6.000 jeunes Lyonnais environ par classe d’âge, ce qui correspond
au flux moyen des jeunes Lyonnais sortant du système éducatif pour se présenter
sur le marché du travail chaque année. On peut admettre que 50 % de ces jeunes trouvent
du travail par eux mêmes. Il reste donc 3.000 contrats durables d’emploi à
trouver et à aider financièrement chaque année.
Pour parvenir à une estimation du coût de cette mesure, partons des hypothèses suivantes:
Avec l’ensemble de ces données, on peut évaluer l’aide de la ville à :
Ce montant n’augmentera plus ensuite, puisque l’aide s’arrêtera pour les jeunes dont le contrat aura atteint 5 ans. A la fin de cette période, ces derniers seront suffisamment armés pour gérer eux-mêmes leur carrière professionnelle sans le besoin du soutien de l’encadrement d’une société d’intermédiation. Ils pourront donc sortir du système avec un véritable emploi, à la différence des emplois jeunes d’autrefois.
Au final, pour un en-cours de 15.000 contrats aidés, le coût moyen serait de 2.160 euros par an et par emploi aidé. Est-ce un effort démesuré pour la ville que de financer ce complément nécessaire pour équilibrer le coût de ces contrats ? Est-ce un objectif démesuré que de trouver 3.000 contrats chaque année sur la ville de Lyon avec l’aide de spécialistes de recherche de missions ?
Cette aide correspond à moins de 4% du budget total de la ville. Il faut rapprocher ce montant d’autres postes comme celui du montant des subventions versées par la ville chaque année (plus de 60 Mo d’euros) ou celui de la restauration scolaire (12 Mo d’euros environ) pour voir que ce n’est pas un montant incompatible avec les moyens actuels de la ville et qu’il peut être financé sans augmentation d’impôts par des économies et des réductions dans d’autres domaines. Il est d’ailleurs possible de réduire ce montant en demandant aux Assedic ou à d’autres organismes de l’emploi de participer à cette aide puisqu’elle conduit à diminuer le chômage.
Si
l’on rapporte ce montant aux bénéfices que peut en retirer Lyon en satisfaction
des jeunes, en dynamisme social et économique, la conclusion n’est-elle pas
claire ? C’est un projet qu’il faut mettre en œuvre. La Ville de Lyon en
retirerait sans doute d’autres avantages, comme celui d’être considérée comme
une ville innovante en matière sociale, poursuivant en cela une tradition
séculaire qui a contribué largement à son rayonnement.
LIENS :
- Les Groupements d’employeurs. Site : http://www.ffge.fr
- Lettre de l'insertion par l'activité économique - Revue Alternatives Economiques :
article : La décentralisation : à qui la compétence emploi ?
- Documentation française : Les compétences des communes
- Proposition plus complète sur
l’emploi durable : www.procivisme.com/proposition-emploi-durable.pdf